J'emprunte ce titre à François Jullien. Tout comme son livre emprunte mes jours pour continuer de s'écrire.
Aujourd'hui surgit peut-être ce si étrange concept de "transition" qui, comme il l'écrit "fait brutalement trou dans la continuité du changement". Cet entre-temps propre à la pensée occidentale, son symptôme plutôt, qui dit son incapacité à appréhender le mouvement incessant (silencieux) de tout et tous.
Une fleur rose a éclos ce matin. Faisait-elle la transition entre l'amour partagé les jours précédents et le présent incertain, inconnu, déjà gagné de futur ? Une rose énorme qui ne quittait pas le ciel de ma fenêtre, même après midi passé quand la pluie fut arrivée.
Elle était là, imperturbable comme sont ces sourires de Bouddhas, leurs bouilles épanouies quoi qu'il arrive.
C'est ainsi que l'amour fou, celui qui refuse l'impermanence, se veut symbole, dieu, totem. Je revois Max Ernst et Dorothea Tanning, je ressens la sculpture de Calder qui nous a accueillis sous le ciel de la ville, et toutes les œuvres d'art qui nous ont habités pendant ces quatre jours. Autant de forces réelles dans lesquelles nous nous sommes logés, aimés.
Ce phénomène naturel de rose apparition gorgée de douceur venait-il vaillamment combattre une angoisse ? ou plus vraisemblablement la rendre belle, acceptable, naturelle en somme ?
C'est tôt ce matin que je le vois. Il y a du rose dans l'air. Des toits de tuiles mouillés au mur rose d'en face, c'est une lumière de rose, une chair de pétale dans le moelleux de l'air. Le rose a débordé le mur où il se tient les jours de pluie, a diffusé partout autour l'aquarelle de son buvard. Ce mur blanc qui prend la couleur des jours, le mur baromètre, le mur témoin, le mur thé, est tout rose aujourd'hui. Il imprègne la chair du matin, ses joues gonflées, son regard imbibé d'enfant.
J'essaie de prendre plusieurs photos, c'est impossible, l'appareil est imperméable au rose, il se défend de cette fleur humide qui s'est ouverte. Cette fleur rose qui s'épanouit sans fin.
Aucune photo ne réussit. A peine dans l'objectif le rose se retire. Il ne garde que le gris.
Mes yeux pourtant le voient toujours. Il est sur les toits mouillés, contre les murs, dans le ciel de la ville.
Et peu à peu le souvenir d'amour brûlant est rentré plus doucement dans le corps qui respire.
Dorothea Tanning et Max Ernst avec la sculpture en ciment Capricorne, Sedona, Arizona, 1948
Aujourd'hui surgit peut-être ce si étrange concept de "transition" qui, comme il l'écrit "fait brutalement trou dans la continuité du changement". Cet entre-temps propre à la pensée occidentale, son symptôme plutôt, qui dit son incapacité à appréhender le mouvement incessant (silencieux) de tout et tous.
Une fleur rose a éclos ce matin. Faisait-elle la transition entre l'amour partagé les jours précédents et le présent incertain, inconnu, déjà gagné de futur ? Une rose énorme qui ne quittait pas le ciel de ma fenêtre, même après midi passé quand la pluie fut arrivée.
Elle était là, imperturbable comme sont ces sourires de Bouddhas, leurs bouilles épanouies quoi qu'il arrive.
C'est ainsi que l'amour fou, celui qui refuse l'impermanence, se veut symbole, dieu, totem. Je revois Max Ernst et Dorothea Tanning, je ressens la sculpture de Calder qui nous a accueillis sous le ciel de la ville, et toutes les œuvres d'art qui nous ont habités pendant ces quatre jours. Autant de forces réelles dans lesquelles nous nous sommes logés, aimés.
Ce phénomène naturel de rose apparition gorgée de douceur venait-il vaillamment combattre une angoisse ? ou plus vraisemblablement la rendre belle, acceptable, naturelle en somme ?
C'est tôt ce matin que je le vois. Il y a du rose dans l'air. Des toits de tuiles mouillés au mur rose d'en face, c'est une lumière de rose, une chair de pétale dans le moelleux de l'air. Le rose a débordé le mur où il se tient les jours de pluie, a diffusé partout autour l'aquarelle de son buvard. Ce mur blanc qui prend la couleur des jours, le mur baromètre, le mur témoin, le mur thé, est tout rose aujourd'hui. Il imprègne la chair du matin, ses joues gonflées, son regard imbibé d'enfant.
J'essaie de prendre plusieurs photos, c'est impossible, l'appareil est imperméable au rose, il se défend de cette fleur humide qui s'est ouverte. Cette fleur rose qui s'épanouit sans fin.
Aucune photo ne réussit. A peine dans l'objectif le rose se retire. Il ne garde que le gris.
Mes yeux pourtant le voient toujours. Il est sur les toits mouillés, contre les murs, dans le ciel de la ville.
Et peu à peu le souvenir d'amour brûlant est rentré plus doucement dans le corps qui respire.
Dorothea Tanning et Max Ernst avec la sculpture en ciment Capricorne, Sedona, Arizona, 1948
Quand je préparais mon film LM au Nord-Viet-Nam sous les bombes américaines en 1967,nous avons été reçu longuement par Max Ernst dans sa propriété varoise de Seillan,ou trônaient les mêmes fabuleuses statues ...
RépondreSupprimerSans les années 78/80 nous éditames au Sydomire l'unique roman de Dorothéa Tanning "Abyss",souvenirs en phase
lire "au SYCOMORE " Editions du
RépondreSupprimerMerci Gérard
RépondreSupprimerTout ce que j'aime en poésie et en sensualité dans ce texte magnifique et, dans la sculpture, l'émotion d'une allégeance à ceux qui nous sont totems dans la consonance du verbe aimer. Merci.
RépondreSupprimerTrès beau, Noëlle, je suis touché par ces paroles. Merci.
SupprimerRose bouddha, êtres a monde pluriels parmi lesquels ex-sister
SupprimerRose bouddha, ou l'être des choses du monde, présences plurielles parmi lesquelles ex-sister... le temps d'un instant
RépondreSupprimerC'est beau ce que vous dites là, merci Huê, je ne savais pas qu'il y avait du buddha dans ce rose, j'en suis ravi !
SupprimerLe poète Bernard Vargaftig parle de la pudeur de la couleur rose...
RépondreSupprimerAh oui ! Toujours à la fois pudique et impudique... Et le rose de la pudeur trahie, qui vous colore les joues.
Supprimerhttps://ecritscris.wordpress.com/2021/04/23/la-rose-du-bar-rc/
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