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Affichage des articles associés au libellé Jean Hatzfeld

Pouvoir du récit

« Mon papa de sang, si un jour il se présentait devant moi, je lui demanderais son nom, son travail, où il vit. C'est tout. Le reste, je ne l'écouterais pas, ça me serait bien égal. Je dis le contraire de ce que je vous ai répondu la dernière fois parce que j'ai réfléchi. Votre question m'avait surprise. Au fond, auparavant, je n'avais jamais imaginé, je n'avais pas envisagé de le voir en vrai. J'ai compris que le connaître ou ne pas le connaître ne m'apporterait aucun avantage. Je choisis Damascène comme mon vrai papa, même s'il ne m'a pas enfantée. Il remplace valablement l'autre depuis ma petite enfance. On vit en bienheureuse entente. Chaque jour il m'offre sa gentillesse paternelle, il me sermonne en papa. Il est bon travailleur, très fort. Il cause bien avec tout le monde, il chante à tue-tête, il ne boit pas d'alcool. Aux palabres pour mon mariage, il cachera ma naissance honteuse, il enfilera les gants des cérémonies. Les de...

Maintenant

Lire c'est du silence et c'est de la musique. C'est de la pensée et c'est de la parole. C'est un vaste paysage et c'est un petit endroit personnel. La tranquillité et les rencontres, les inattendues ou les désirées. Mais pas lire n'importe quoi. Lire un beau livre d'artiste. Maintenant c'est celui de Jean Hatzfeld "Un papa de sang". Maintenant ou plus tard, cette profondeur du livre qui ressource, ou qui accompagne le long d'une source vitale. photo r.t

par après

Que faire avec ce livre ? Puisqu'il est comme le héron, immobile au bord de l'eau... dans le qui-vive du cœur plein... ce livre qui est allé au-delà de ce qui peut se dire et vous l'a laissé comme un afflux d'amour au corps... qu'en faire ? On veut le garder dans sa bibliothèque pour ses enfants, le lire à ses amis, le transmettre comme une étreinte, comme le savoir d'une étreinte. Au début je voulais les apprendre par cœur, ces livres-là, j'essayais. Les recopier, les dire, les danser. Aujourd'hui je recommence à les aimer dans leur silence de papier, le désir au cœur comme une gazelle blanche, un jasmin... à propos de "La stratégie des antilopes" de Jean Hatzfeld photo r.t

génocides

La lecture des génocides est l'ultime lecture. Non seulement l'humanité s'y auto-détruit mais la lecture s'y auto-détruit. Les chapitres sont courts. Vous mettez du temps à les lire. Au bout de chacun la sidération s'est emparée de vous. Plus rien n'a de sens. Sauf les oiseaux que vous entendez par la fenêtre ouverte. Parce que vous avez survécu. Tout ce qui n'est pas humain a survécu. Vous êtes des oiseaux. C'est pourquoi vous émergez de la sidération – grâce à eux. Toutes les 2, 3 lignes même, à chaque phrase même, vous deviez vous arrêter. Etouffé, sortant de l'apnée, flottant au-dessus du coma de votre vérité : vous êtes cet humain qui bascule, d'abord dans le meurtre, puis dans le génocide – parce qu'il n'y a pas 2 humains, et que vous avez fait la partition. Vous avez pris la machette. Simplement en lisant. Vous avez compris. Seuls les oiseaux ont pu vous sauver. Mais vous avez perdu votre humanité. Vous savez que vous n'av...

Englebert des collines

Le récit que Jean Hatzfeld réussit à laisser sortir de l'écho des mots entendus, et qui va jusqu'à faire exister du personnage la manière singulière – le style. Le style, c'est la première chose que Englebert paraît avoir fabriqué de lui-même depuis le début (de sa vie) et à laquelle il semble être toujours resté attaché. C'est cette phrase qui continue à se travailler dans ma tête à travers le sommeil, tard dans la nuit, et que je me relève finalement pour noter, comme une réponse à une parole tendue.  Un paysage du Rwanda (Bryan Anselm/Global-Getty Images pour Causette)